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Pour connaître les silos à grain

1954-1969, L'édifice outil

La période 1954-1969 confirme les phénomènes identifiés au cours des années précédentes. Elle est marquée par une course aux capacités de stockage, la disparition des architectes dans ce type de programme et par une recherche de solutions économiques qui prennent parfois le contre-pied complet des réalisations antérieures. Cette fourchette chronologique est caractérisée par un renouvellement typologique complet.

La modernisation de l’agriculture

La période connaît une véritable révolution : la modernisation. La collecte des céréales augmente de 140 % entre ces deux dates. En terme de stockage, la situation est problématique : les capacités sont insuffisantes, les coopératives récupérèrent les capacités périmées et poursuivent la construction d’unités de stockage. Malgré cet effort, les besoins sont tels, dans ces grands départements céréaliers, que les agriculteurs doivent acquérir leurs propres structures : c’est le stockage en ferme. Bientôt, ce dernier dépasse les capacités de logement des coopératives.

L’augmentation de la production modifie le volume de l’unité de base qu’est la cellule, exige des édifices plus importants et un plus nombreux.

La diversification des cultures entraîne une spécialisation des équipements, parfois des édifices (le silo dit «silo maïs» apparaît sur la période), et une diversité de cellules.

La cohabitation des techniques

Paradoxalement, les édifices doivent être en mesure d’accepter la matière de tous les exploitants quel que soit leur degré de modernisation. L’inégalité entre les exploitations se ressent amplement dans l’organisation fonctionnelle et l’architecture des silos. Ainsi, plusieurs techniques de stockage/conservation cohabitent au sein d’un même bâtiment.

Changement de perspectives

Les mutations du milieu autant que les mentalités bouleversent complètement les attentes et la perception vis-à-vis des silos. Ce qui prime, c’est le prix de revient au quintal et la rapidité des opérations. Peu à peu le silo perd ses missions morales pour devenir un outil.

Les conséquences architecturales et typologiques reflètent ces mutations : apparaissent et se développent des solutions économiques mettant en oeuvre des matériaux très variés. Le béton armé et le métal, matériaux historiques dans la construction des silos sont largement concurrencés par le bois et ses dérivés, le parpaing et la brique creuse.

C’est l’ère du «silo de maçon» qui voit l’entrée sur ce segment du marché de la construction des petites entreprises BTP familiales et locales que les contraintes techniques avaient tenues écartées jusqu’alors.

La typologie se renouvelle profondément. Le silo à fond plat incarne tant l’application des nouvelles connaissances techniques que l’évolution des procédés de construction qui en découle. Perçu comme l’expression aboutie de la péréquation entre mode de gestion – prix de construction optimum – fonction attendue, le silo à fond plat, contresens fonctionnel du silo, est élevé au rang d’icône. Il trouvera sa place auprès des grands silos de transit : les silos portuaires. Apparaissent sur les mêmes sites, aux mêmes périodes, deux manière antagonistes de concevoir les silos qui répondent à deux manière de les utiliser. Les silos à fond plat sont les résultats de la désincarnation complète de l’architecture, du support, de la surface murale. Ils sont une réduction, une métonymie du silo, une spécialisation fonctionnelle déformante. Au contraire, les silos de transit en béton armé concrétisent la vitesse, les grands débits, la massivité, la polyvalence.

Au reste, les types anciens ne survivent pas à l’intégration des systèmes de ventilation des grains qui modifient radicalement la conception des édifices.