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Pour connaître les silos à grain

Le silo de Courpalay

Le silo de Courpalay

Alors que l’histoire des silos intéresse une poignée de personnes, leur traitement architectural, par nature, immédiatement perceptible par l’œil, peut susciter un intérêt chez le grand public et conduire à la patrimonialisation de l’édifice.

C’est le cas du silo de Courpalay, en Seine-et-Marne, classé au titre des Monuments historiques en 1998. C’est un des premiers sinon le premier silo français à être protégé par cette loi.

C’est au titre de patrimoine architectural que Courpalay est classé. Un titre mérité puisqu’il s’agit là d’une des plus belles créations de la région parisienne. Il illustre un contexte artistique très particulier et un cas de figure assez rare d’appropriation hâtive du silo par les architectes.

En effet, en 1933, les premiers silos français agricoles naissent soudainement dans le cadre d’une expérience économique destinée à trouver une solution à la crise agricole qui touche durement le monde agricole depuis 1927. Pour la majorité des contemporains, les silos sont des édifices nouveaux, parfaitement inconnus. Pour les architectes, c’est un nouveau support qu’ils ne savaient pas encore traiter, faute de modèles et qui n’est pas considéré comme support artistique potentiel au même titre qu’une gare ou qu’une habitation. Aussi, l’architecte de ces premiers silos agricoles français reste-t-elle généralement très utilitaire, très pragmatique.

Cependant, vers 1936, une minorité d’architectes, certainement plus attirés par les mouvements architecturaux contemporains, saisissent tout le potentiel de ce type d’édifice d’autant plus que les cahiers des charges laissent toute latitude au concepteur dans le domaine du traitement stylistique. Aussi, apparaît une nouvelle architecture, souvent parfaitement ancrée dans les problématiques de son temps et dans le choix des lignes et du vocabulaire formel.

Le silo de Courpalay est construit en 1937 par l’architecte Gilbert. C’est le seul silo auquel il collabore. Le traitement architectural du bâtiment est cependant particulièrement abouti et fait écho aux lignes des bâtiments de l’Exposition Universelle qui se tient à Paris à quelques dizaines de kilomètres de là. Les rapports formels entre l’évènement international et le silo sont nombreux : lignes et silhouette dynamiques, bandeaux horizontaux décoratifs, et couvrement stylisé particulièrement prononcé dessinent les traits du mouvement «  modernisme optimiste » récurrent à l’exposition.

En outre, le silo de Courpalay est l’exemple le plus abouti d’un questionnement sur l’utilisation rationnelle et optimale de l’espace de stockage à l’intérieur d’un plan : avant-corps antérieur pour recevoir les machines, unité de stockage rehaussée pour hiérarchiser les fonctions dans le bâtiment, escalier hors œuvre hélicoïdal en béton-armé pour ne pas empiéter sur les capacités et profiter au mieux de la lumière naturelle, etc.

L’entrée de silo dans le patrimoine parait donc évidente. En revanche, les acteurs de ce classement sont difficiles à identifier. Il s’agit probablement des anciens propriétaires qui ont demandé un classement avant de le céder afin de protéger définitivement le silo, au grand damne de l’exploitant actuel qui ne peut pas y apporter la moindre modification. À ce titre, Courpalay fait figure d’exception.