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Pour connaître les silos à grain

Jean-Pierre Potier, Au-delà du Noir

Jean-Pierre Potier, Au-delà du Noir

Une oeuvre magistrale, étonnante

Une rencontre étonnante, une belle histoire. En hivers 2010, par relations interposées, le début d’un projet enrichissant : une exposition plastique consacrée aux silos à grain. De quoi étonner doublement un historien des arts spécialisé sur le sujet.  Jean-Pierre Potier saisit l’intensité dramatique des silos et l’exprime à travers des grands formats qui surprennent et interrogent les visiteurs qui ont eu l’opportunité de parcourir cette exposition qui s’inscrit magistralement dans l’appropriation artistique des artistes sur le thème. 

Les historiens de l’architecture et les architectes y trouveront une matière de méditation et une référence aux grands théoriciens de l’architecture contemporaine du XXème siècle. Les agriculteurs, négociants comme tous ceux qui travaillent dans le secteur en penseront quoi de voir ainsi entrer dans un musée leur outil de travail ? En revanche, les visiteurs non-avertis se sont laissés surprendre par le motif et l’oeil de l’artiste. Nombre d’entre eux avouent ne plus porter le même regard sur les silos. Pour ceux qui hésitent encore, c’est un livre-exposition à se procurer sans hésitation.

 

 

 

       Trouver l’ouvrage : www.musees-poitiers.org

       Visite virtuelle de l’exposition

 

 

Au-dela du noir… L’intérêt de Jean Pierre Potier pour le silo est apparu lors de son installation dans la région Poitou-Charentes : motif architectural singulier dans le paysage rural, le silo industriel a suscité la curiosité de l’artiste avant de devenir l’objet d’une quête patiente et obstinée de la monumentalité d’une forme transcrite sur le papier.
Travaillant souvent en grand format, à partir de photographies, il s’approprie la silhouette massive de ces « cathédrales » de béton et de métal et sollicite leurs formes géométriques dans une interprétation faussement réaliste. En utilisant la technique du fusain sur du drop paper, papier contemporain en fibres synthétiques, il exploite les contrastes de valeurs : noir sombre, velouté, du motif sur le blanc du support laissé en réserve. La suppression de tout élément de paysage autour du silo permet d’accentuer la puissance évocatrice de la forme, dans une relation privilégiée au spectateur qui rien ne distrait de la contemplation des jeux de la lumière sur les reliefs de l’architecture.
Le parti pris formel et esthétique de l’usage quasi exclusif du noir, matière-couleur la plus dense qui absorbe au maximum la lumière, accentue la rigueur de la composition et magnifie le motif. Le recours fréquent au grand format crée les conditions d’une perception intime de la forme architecturale que le pouvoir d’abstraction du noir transforme en construction esthétique pure.
Le spectateur pénètre au-delà du noir, dans un monde à la fois familier et étrange : il reconnaît la silhouette du silo tout en découvrant la poésie immatérielle de la forme surgissant du blanc du support. La vibration particulière de la lumière dans le velouté du fusain nourrit l’émotion qui surgit devant ces architectures dématérialisées. Depuis le début du XXe siècle, architectes, théoriciens, artistes sont captivés par
les silos, édifices aux silhouettes si caractéristiques. Gropius, Le Corbusier, Mendelson, pour ne citer qu’eux, n’ont cessé d’en vanter les qualités plastiques. S’inspirant largement des écrits de Gropius, Le Corbusier interpelait «messieurs les architectes» et brandissait le silo en modèle. Le silo devint l’illustration d’une doctrine architecturale qui se fondait sur l’utile et l’essentiel. Avec pratiquement un siècle d’écart, les similitudes entre les fusains de Jean Pierre Potier et les planches reproduites dans l’ouvrage théorique de Le Corbusier sont particulièrement étonnantes : goût des formes pures, volumes simples (sur la photographie, Le Corbusier fit disparaître le fronton ornemental qui coiffait le silo originel), contrastes violents, matériaux bruts… Si les finalités sont différentes, l’une doctrinale, l’autre esthétique, l’émotion de ces artistes face à ces édifices reste la même. Les images en noir et blanc évoquent la photographie. A une certaine distance de l’œuvre, le spectateur se pose la question : s’agit-il d’une photographie ou d’un dessin ? Plus il se rapproche, plus il lui apparaît clairement que ce sont des dessins avec lesquels il est amené à une relation d’intimité. Les silos de Jean Pierre Potier représentent une réalité qui n’existe pas telle quelle Recomposés à partir du modèle, sans éléments perturbateurs, parfois sans paysage alentours, leur matérialité brutale ou leur fragilité aérienne frappent le spectateur qui se rappelle soudainement l’existence de cet édifice si familier dans le paysage qu’il s’en efface presque. Le regard de l’artiste le sort de cette torpeur et l’invite à leur porter un nouvel intérêt.
Il nous montre la beauté intemporelle de ces édifices, leur singulière esthétique industrielle où s’opposent la puissante matérialité du béton, la transparence quasi-immatérielle des structures métalliques et le jeu savant des volumes élémentaires. Cette exposition est une rencontre. Rencontre au travers du regard d’un artiste, elle interroge sur la perception que nous avons aujourd’hui du silo à grains, à l’heure où les «nécessités économiques» et les normes drastiques menacent ce patrimoine non soupçonné, peu étudié et en proie à des destructions aveugles. Nicolas Loriette, docteur en histoire des arts, patrimoine industriel Anne Benéteau Péan, conservateur du patrimoine, directrice des musées de Poitiers

 

 

 

 

 

 

 

Jean Pierre POTIER

Diplômé de l’Ecole des Beaux Arts d’Angers.
A séjourné entre 1996 et 2005 à New York et en Chine . Vit et travaille à Poitiers. 

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